Sauver la planète en changeant nos attitudes
Être écolo ne veut pas nécessairement dire consommer moins d’énergie
Frances Moore Lappé, auteure et militante, affirme que nous possédons déjà les solutions aux grands problèmes de notre ère – le changement climatique, par exemple.
Mais nous somme paralysés, et donc incapables d’agir, par des idées préconçues qui dominent notre pensée.
Dans un discours prononcé à l’Université Carleton dans le cadre du Congrès 2009, Lappé a appelé à une remise en question massive de notre façon de concevoir gouvernement, économie et démocratie. Si nous parvenons à le faire, affirme-t-elle, nous sauverons la planète.
Lappé s’est fait connaître au début des années 1970 pour son livre Diet for a Small Planet qui vantait les mérites d’un régime végétarien. Depuis, elle milite contre la faim et en faveur du développement équitable et a fondé avec sa fille Anna Lappé le Small Planet Institute.
Elle affirme que plusieurs personnes aujourd’hui ont peur – peur d’un désastre écologique, et peur parce qu’ils ne voient pas de façon de le prévenir.
Lappé croit que nous pouvons agir – si nous arrivons à rejeter cinq idées préconçues.
La première idée à rejeter, selon elle, c’est qu’être écolo veut nécessairement dire réduire notre consommation d’énergie.
Pas besoin de réduire, dit-elle – il faut simplement puiser notre énergie dans des sources renouvelables.
« Tous les jours, le soleil nous fournit 15 000 fois plus d’énergie que ce que nous consommons en pétrole, » dit-elle. Elle ajoute que si chacun avait une éolienne ou des panneaux solaires sur son toit, nous serions moins dépendants des grandes pétrolières – et ainsi nous aurions l’impression d’exercer plus de contrôle sur notre vie quotidienne.
La deuxième idée à rejeter, selon elle, est celle qui suppose qu’il faudra dire au revoir à la croissance économique. On peut être écolo si on change la définition du mot « croissance. »
Elle dit que la famille Walton, propriétaires de Wal-Mart, détient aujourd’hui à elle seule autant de richesse que les 40 p. cents de la population américaine au bas de l’échelle réunis. Est-ce de la croissance si seulement les riches s’enrichissent?
L’économie peut croître si on apprend à être plus efficace. Par exemple, différentes études montrent qu’entre 25 et 50 p. cent de la nourriture produite aux États-Unis est gaspillée. Et que chaque Américain produit annuellement environ 135 kilos de matériel d’emballage.
Troisièmement, elle rejette l’idée que l’être humain est de par sa nature matérialiste et intéressé seulement par ce qui l’avantage personnellement.
Les études démontrent que dans certaines conditions, nous pouvons tous devenir des monstres. Mais nous ne serions pas 6,8 milliards sur Terre, dit-elle, si nous n’étions pas aussi capables de faire preuve d’empathie, de coopération et de justice. Notre société n’a qu’à créer des conditions qui favorisent l’épanouissement de nos meilleures qualités.
Et nous aimons être encadrés, dit-elle. Loin d’être rébarbatifs à toute loi, la race humaine aime vivre selon certaines règles bien précises, surtout quand ces règles nous semblent raisonnables et ne nous isolent pas. Elle cite comme exemple la grande popularité d’une loi allemande qui autorise les individus à vendre au réseau de distribution d’électricité, à un prix prédéterminé, toute électricité produite par eux à domicile à partir de moyens renouvelables, comme des éoliennes.
Finalement, elle veut remettre en cause l’idée que nos problèmes sont trop difficiles pour une démocratie et que seul un régime autoritaire peut nous sauver. Il faut, selon elle, faire confiance aux gens et leur donner les moyens d’agir.
« Qui décide? Voilà la plus grande question de toutes, » dit-elle, expliquant que si on laisse le pouvoir décisionnel entre les mains des plus riches, nous allons tous souffrir.
Elle affirme ne pas s’opposer au concept d’une économie de marché – mais elle dit qu’il y a plus d’une façon de faire rouler une économie.
Si nous voulons progresser, dit-elle, il faut aussi se débarrasser de l’idée que le changement est impossible. L’histoire récente nous enseigne que des problèmes qui semblaient insolubles ont pourtant été résolus.
« Il n’est pas possible de savoir ce qui est possible, » dit-elle.





