L’histoire de l’hyperactivité est erronée, affirme un chercheur


Les éducateurs font tort aux enfants et aux parents en prétendant que Mozart et d’autres personnes célèbres étaient hyperactifs

Un chercheur canadien travaillant au Royaume-Uni affirme que les médecins, les écrivains et les enseignants font tort aux enfants hyperactifs en prétendant que l’hyperactivité comme nous la comprenons aujourd’hui a toujours existé.

Selon Matthew Smith, cette notion est non seulement fausse mais elle induit en erreur les patients, leurs parents et leur médecin.  M. Smith, qui est originaire d’Edmonton, termine son doctorat au Centre d’histoire médicale de l’Université d’Exeter.

L’hyperactivité, ou THADA, est le trouble psychiatrique de l’enfance le plus fréquemment diagnostiqué, affirme M. Smith, et des millions d’enfants se voient prescrire des médicaments comme le Ritalin, pour le traiter. Avant 1950, ce trouble était cliniquement et culturellement négligeable.

Dans une communication qu’il présentera au Congrès des sciences humaines qui se tient cette semaine à l’Université à Carleton, il maintient que le trouble d’hyperactivité, tel que nous le connaissons aujourd’hui, est une fabrication moderne et a été décrit pour la première fois comme trouble psychiatrique en 1957.

Avant cette date, M. Smith affirme, le comportement hyperactif existait bien mais qu’on ne le considérait pas toujours comme un trouble ou une pathologie digne de traitement.

M. Smith ajoute que plusieurs considèrent aujourd’hui l’hyperactivité comme un phénomène universel dont on reconnaît les signes chez certains personnages historiques, comme Mozart ou Einstein. Toutefois, il maintient que l’hyperactivité, telle que nous la connaissons, est attribuable aux changements sociaux, culturels, politiques et économiques du dernier demi-siècle.

« Lorsqu’on recule dans l’histoire, avant 1957, on constate que celle-ci ne tient nullement compte de tous les facteurs sociaux qui ont donné lieu à l’idée que les enfants étaient hyperactifs et que cela constituait un problème », dit-il

Nous devons repenser l’histoire de l’hyperactivité entre la fin des années 50 et 60. Ainsi, nous commencerons à comprendre pourquoi les gens se sont mis à croire que les enfants avaient un problème, pourquoi ils considéraient que ce problème méritait d’être corrigé et pourquoi il est devenu acceptable de régler le problème à l’aide de médicaments. »

M. Smith affirme que le fait de considérer l’hyperactivité comme une maladie devant être traitée dépend souvent du contexte; or le contexte a changé à la fin des années 50, alors que les États-Unis ont réorienté leur système d’éducation en fonction de la course vers l’espace.

« Si un enfant joue au soccer, il y a de bonnes chances que l’hyperactivité ne soit pas un problème. Mais s’il est trop agité en classe, là c’est un problème.

« Nous devons considérer les facteurs sociaux et historiques qui ont engendré l’idée que les enfants peuvent être distraits et que ces distractions sont des pathologies nécessitant traitement.

« Pour les patients et leurs parents, cela revient à dire que le processus en vertu duquel le diagnostic d’hyperactivité est porté n’a pas de longs antécédents historiques. S’ils comprennent cela, ils peuvent alors développer des moyens afin de contester le diagnostic. »

Le Congrès 2009, qui est organisé par la Fédération canadienne des sciences humaines, regroupe plus de 8 000 chercheurs du Canada et de tous les coins du monde.