Des perceptions non fondées colorent la souveraineté de l’Arctique


La solution exige que les pays comprennent la perception de l’autre

La résolution du débat croissant sur la souveraineté des ressources de l’océan Arctique est compliquée en raison des différences qui existent entre les pays sur la façon d’interpréter la géographie du Nord.  

Selon Phil Steinberg, assistant professeur au Département de géographie de la Florida State University, à Tallahassee, concilier ces points de vue divergents est l’indispensable premier pas vers la résolution de ce qui devient un épineux problème international à mesure que le réchauffement planétaire rend accessible l’océan Arctique.  

Lors d’une communication présentée au Congrès des sciences humaines qui se tient cette semaine à l’Université Carleton,  à Ottawa, Professeur Steinberg dit que, en matière de géographie, les croyances des personnes sont souvent fondées sur de fausses idées. Deux concepts s’opposent quant à l’océan Arctique: s’agit-il simplement d’une masse d’eau navigable ou est-ce plutôt un territoire recouvert d’eau — territoire qui appartient à un pays?

Selon le chercheur, lorsque des pays, tel la Russie, discutent d’exploitation des ressources de l’Arctique, ils réfèrent à un territoire recouvert d’eau. Le Canada adopte une position similaire en considérant le Passage du Nord-Ouest comme territoire canadien.

Les États-Unis, cependant, considèrent le Passage du Nord-Ouest comme une simple masse d’eau qui permet la navigation d’un endroit à un autre.

«Dans l’imaginaire national américain, le concept d’un espace nordique divisible en territoire national n’existe même pas » dit Professeur Steinberg. Ce genre de conception du Nord se trouve reflété dans les cartes géographiques.

« Regardez une carte du monde », dit-il. « Les territoires sont divisés en pays, tous de couleur différente. Ce qui renforce la notion de territorialité. La mer, par contre, est d’une couleur bleue uniforme, représentant de façon graphique la liberté d’accès aux mers du monde ».

Le même concept s’applique à l’Antarctique qui est généralement de couleur blanche sur les cartes et ne montre aucune division territoriale définie. Dans l’Arctique, un autre facteur complexifiant s’ajoute : lorsque l’océan est recouvert de glace, on peut marcher dessus et, jusqu’à un certain point, s’en servir comme d’un terrain.  La fonte des glaces change la situation en transformant la zone Arctique en une vaste masse liquide.   

« Pour bien saisir le débat, il est toujours utile de comprendre les références sous-entendues par chaque partie », dit Professeur Steinberg. « Souvent, les désaccords portent sur des perceptions non-fondées ».

« En ce qui concerne le Passage du Nord-Ouest, la peur de créer un précédent explique la position des États-Unis ».

« Lorsque les nations sont guidées par la peur de créer un précédent, les vents légers se transforment souvent en ouragan ».  


Organisé par la Fédération canadienne des sciences humaines, le Congrès 2009 réunit quelque 8,000 chercheurs de partout au Canada et dans le monde.