Pays industrialisés et les économies émergentes en désaccord sur la question des changements climatiques
Réduire les émissions de gas à effet de serre sera plus difficile que prévu
Il y a peu de progrès à espérer des entretiens internationaux sur les changements climatiques tant que les pays ne parviendront pas à reconnaître le lien direct qui existe entre l’emploi de combustibles fossiles et le développement économique.
Bruce Pardy, assistant professeur à la Faculté de droit de l’Université Queen’s, montrera, lors du Congrès des sciences humaines qui se tient cette semaine à l’Université Carleton à Ottawa, que les combustibles fossiles qui sont à la base de notre économie industrielle représentent environ 87 % du total de l’énergie utilisée mondialement. Ils sont aujourd’hui absolument essentiels à tout développement économique.
Les pays en voie de développement considèrent ainsi que toute limite imposée à l’emploi de combustible fossile est une tentative de restreindre leur développement
économique.
« Il existe un lien direct entre les combustibles fossiles et le développement », dit M. Pardy, ajoutant que tout pays qui manifeste son intention de se développer annonce par le fait même une consommation croissante de combustibles fossiles. Cette position imprègne les entretiens internationaux sur les changements climatiques, opposant les pays en développement et les pays industrialisés.
Les pays en développement d’une part, et les pays industrialisés d’autre part, ont des points de vue totalement différents sur la manière de mesurer les émissions de gaz à effet de serre – points de vue influencés par l’impact que les restrictions pourraient avoir sur leur économie.
Selon M. Pardy, si la mesure des émissions se fait per capita, des pays industrialisés comme le Canada seront identifiés comme gros producteurs et, en conséquence, seront tenus d’assumer la plus forte réduction d’émissions.
Mais c’est une toute autre histoire si la mesure se calcule par pays. Le Canada et la Chine seraient alors virtuellement sur un pied d’égalité, selon M. Pardy, et dans ce cas, le Canada et la Chine auraient à assumer une part semblable de réduction d’émissions de gaz à effet de serre.
Il ne faut pas s’en surprendre : les pays industrialisés préfèrent mesurer per capita.
« Actuellement, selon les pays en voie de développement, le fardeau de réduction des émissions de gaz à effet de serre devrait être en grand partie pris en charge d’abord par les pays industrialisés », explique M. Pardy. « Si nous calculons per capita, le Canada aurait à diminuer ses émissions même sil ne produit actuellement qu’un neuvième de ce que produit la Chine.
« Cependant, lorsque l’on fait la somme de toutes les émissions produites par les pays industrialisés, la quantité produite par le Canada s’amenuise ».
Selon M. Pardy, tout progrès éventuel sur une réduction des émissions de gaz à effet de serre est lié à une définition acceptable pour tous. Et quelle que soit la définition adoptée, la réduction d’émissions heurtera quelqu’un.
« La première chose à faire est d’en parler clairement et ouvertement » remarque M. Pardy. « En ce moment, le débat est mal défini et je qualifierais de symbolique, et rien de plus, la plupart des énoncés d’une politique sur les changements climatiques ».
Il ajoute que le protocole de Kyoto n’a pas été conçu pour résoudre le problème des changements climatiques, mais plutôt comme un symbole.
« Les gouvernements et les citoyens seront confrontés à des réalités contraignantes si nous voulons réduire les émissions de gaz à effet de serre », dit-il. « Ce sera beaucoup pus difficile que ne le laisse entendre des gens comme Al Gore ».





