Le « sexting » — une version moderne du jeu de la bouteille
Appeler cela de la « pornographie juvénile » dépasse l’entendement, selon un chercheur
On appelle cette activité « sexting » et il s’agit d’enfants ou des jeunes qui, au moyen du téléphone cellulaire ou d’autres appareils de communication de haute technologie, s’échangent des messages sexuellement suggestifs ou des photos nues d’eux-mêmes.
Selon Peter Cumming, professeur agrégé à l’université York et coordonnateur du programme d’études sur les enfants à cet établissement, si étonnant que cela puisse paraître, nous exagérons peut-être, si nous commençons à considérer cette activité comme de la pornographie juvénile.
Le « sexting », dit-il, n’est rien d’autre que la version du XXIe siècle de l’exploration sexuelle que les enfants et les jeunes font depuis toujours – et c’est tout aussi inoffensif que de « jouer au docteur » ou à la bouteille.
« La technologie change effectivement les choses, et peut avoir de très graves conséquences », déclare M. Cumming, qui s’entretiendra des droits, de la voix, de la technologie et de la sexualité de l’enfant lors du Congrès des sciences humaines qui se tient cette semaine à l’Université Carleton, à Ottawa.
« Mais cela rend moins visible le fait que, depuis toujours, les enfants et les jeunes sont des êtres sexuels qui ont exploré leur sexualité et ce, quelque soit la culture ou le pays. »
Un mot-valise formé des mots sexe et texting, le « sexting » a commencé à faire les manchettes au cours des derniers mois. Dans au moins un cas, des étudiants du secondaire aux États-Unis ont été accusés de pornographie juvénile pour avoir échangé au cellulaire des photos nues ou semi-nues avec des compagnons de classe.
M. Cumming affirme que de songer à apposer l’étiquette de délinquant sexuel à un adolescent qui a fait du sexting — étiquette qu’il conservera pendant toute sa vie — dépasse l’entendement. « Il y a très peu de chances de voir aux nouvelles des articles nous annonçant que des enfants ont été pris en flagrant délit de jouer à la bouteille, au docteur ou au poker érotique », ajoute-t-il.
Malgré cela, nombre de cas dont on parle affichent le même niveau d’innocence et d’expérience associées à ces activités. « Autrement dit, les jeunes jouent à la bouteille en ligne. »
M. Cumming déclare que l’on pourrait débattre que l’activité en ligne, vu qu’elle n’offre pas d’occasions de contact physique immédiat, est plus sécuritaire que les jeux sexuels traditionnels et moins susceptible d’entraîner la grossesse ou des maladies transmises sexuellement.
« Je crois qu’il faut faire une distinction entre la nudité et la pornographie juvénile », ajoute-t-il. « C’est aussi une question d’éthique que de chercher à savoir si les enfants sont capables de créer de la pornographie juvénile. Laissés à leurs propres moyens, les enfants ne sont-ils pas enclins à prendre de mauvaises décisions — surtout qu’un envoi en ligne peut souvent échapper à la maîtrise de son créateur? Bien sûr, déclare M. Cumming.
Mais, les adultes aussi sont capables de prendre de mauvaises décisions. La fureur entourant le « sexting », dit-il, n’est que la version moderne du scandale causé, dans les années 50, par les déhanchements sur scène d’Elvis Presley.
«Le « gros méchant loup », aujourd’hui, c’est l’Internet et les téléphones cellulaires munis de caméras », affirme-t-il.
Par conséquent, au lieu de s’énerver au sujet du sexting, « je dis simplement de prendre une grande respiration, de penser en contexte et de faire preuve de bon sens. »
Organisé par la Fédération canadienne des sciences humaines, le Congrès des sciences humaines réunit quelque 8,000 chercheurs de partout au Canada et dans le monde.





