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Published 9 March 2009 at 5:00 a.m. | Updated at 5:00 a.m.
L'ingérence des conservateurs dans l'orientation de la recherche est dénoncée
Samuel Auger
Le Soleil
(Québec) Un cadeau empoisonné? Les artisans universitaires des sciences humaines et sociales ont eu l'heureuse surprise de découvrir dans le dernier budget fédéral une hausse de 17,5 millions $ de leurs budgets de recherche. Or, la hausse camouflerait une baisse réelle des subventions, et les nouvelles bourses seront octroyées uniquement aux projets «liés au domaine des affaires». Une intrusion jugée inacceptable dans la gestion du savoir des universités canadiennes.
La grogne prend de l'ampleur depuis quelques semaines dans les couloirs des départements d'anthropologie, de littérature et autres sciences sociales. Des étudiants se font un peu forcer la main pour choisir des thèmes de recherche qui collent à l'énoncé du gouvernement de Stephen Harper. «Est-ce que les universités vont engager davantage de professeurs dans ces domaines-là, simplement parce qu'il y a plus d'étudiants gradués qui s'y intéressent en raison des bourses? Je suis certaine que c'est ça le but, et c'est bien ça qui inquiète», explique au Soleil Nathalie Des Rosiers, présidente de la Fédération des sciences humaines du Canada et vice-rectrice à l'Université d'Ottawa. Sa fédération, qui représente pas moins de 50 000 membres répartis dans 70 associations, tenait son assemblée annuelle cette fin de semaine. Nathalie Des Rosiers est donc bien placée pour constater l'inquiétude qui ronge ses rangs. «La grogne prend de l'ampleur parce que les gens commencent à réaliser l'impact. Maintenant, on sait que le Conseil de recherches en sciences humaines aura des coupes. Donc, ce n'est même plus de l'argent nouveau. Et ça va affecter la façon dont les chercheurs décident de soutenir leurs étudiants.»
La Conférence des recteurs et principaux des universités du Québec a dénoncé cette semaine ce financement conditionnel, percevant dans cette mesure un désaveu de la pertinence de la recherche en sciences humaines en ces temps de crise économique.
Si le milieu
professoral demeure encore timide dans ses protestations, le milieu
étudiant prépare sa riposte. Dans les prochains jours, la Fédération
canadienne des étudiants fera une intense session de lobbying auprès
des députés et sénateurs à Ottawa. Objectif : éviter une prise de
contrôle idéologique par les conservateurs du milieu des sciences
humaines.
«Les étudiants sont surpris. Pour nous, c'est dans la même logique que les coupes dans les programmes pour la culture», explique Gaétan-Philippe Beaulière, vice-président deuxième et troisième cycles à la Fédération étudiante. «On sent l'idéologie derrière cette ingérence, et c'est vraiment inquiétant. C'est une conception étriquée de la valeur des sciences humaines. Désormais, un projet tout à fait médiocre pourrait avoir une longueur d'avance sur un autre, simplement parce qu'il cadre davantage avec les critères du gouvernement Harper. C'est une aberration et c'est inacceptable.»
Les opposants attendent toujours une réponse satisfaisante du gouvernement à leurs inquiétudes. «Jusqu'à présent, leur attitude a été de dire : écoutez, on vous donne plus d'argent, ce budget-ci va passer, et c'est la fin de la discussion», résume la chercheuse Nathalie Des Rosiers.



